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Info locale

Covid : l’hôpital de Bobigny lance la première consultation psy pour les familles en deuil

30 mars 2021 à 10h34 Par Mikaël Livret
Face à la détresse des familles en deuil, l'hôpital de Bobigny (Seine-Saint-Denis) propose de l'aide.
Crédit photo : CCO

L'épidémie de Covid-19 a fait plus de 94 000 morts en France, et laisse des centaines de milliers de personnes face à des deuils parfois insurmontables. Pour eux, une consultation psychologique unique a été créée par l'hôpital de Bobigny.

Visites interdites dans les hôpitaux, corps des défunts invisibles et intouchables, rites funéraires proscrits... "On s'est rendu compte très vite que les familles vivaient des situations infernales", se souvient le chef psychiatrie de l'hôpital Avicenne (AP-HP), Thierry Baubet. 

Afin de faire connaître cette ligne de soutien psychologique (téléphone, visioconférence et rendez-vous physiques), le psychiatre a fait diffuser des flyers dans les hôpitaux, les morgues ou encore les pompes funèbres. En 10 mois, près de 300 "endeuillés" franciliens ont été accompagnés.

« Un grand sentiment de culpabilité » 

Pendant la première vague, soignants et proches des victimes avaient dénoncé des situations inhumaines. Ils ont été entendus : les droits de visite ont été assouplis dans les hôpitaux et, le 21 janvier, le Conseil d'Etat a pris un décret autorisant finalement la présentation des corps des défunts et les toilettes mortuaires. 

Malgré ces améliorations, nous continuons à recevoir des demandes", observe Victoria Lotz, la psychologue responsable de cette consultation à l'hôpital Avicennes.

"Pour certains, trois ou quatre séances suffisent à se réinscrire dans une trajectoire de deuil normal. Pour d'autres, c'est beaucoup plus compliqué", relate-t-elle. Le deuil des patients est, dans beaucoup de cas, empêché par le "caractère irréel" de la mort de leur proche, dont ils n'ont pas pu voir le corps, et "qu'ils n'ont pas pu honorer comme ils l'auraient voulu".

Il est aussi entravé par un grand sentiment de culpabilité - "d'avoir dû laisser la personne mourir seule, de lui avoir peut être transmis le virus"-, de colère -"envers les institutions, le virus meurtrier et invisible"- et d'injustice - "pourquoi c'est tombé sur moi alors que j'ai fait tout ce qu'on me disait?"-, conclue la psychologue.