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Nous ne sommes pas tous égaux face aux banques

26 octobre 2017 à 10h12 Par Mikaël Livret
Crédit photo : CC0 Public Domain

Les frais bancaires pénalisent surtout les personnes en difficulté. C'est ce que constate l'association 60 millions de consommateurs, dans une étude publiée ce jeudi matin. Les consommateurs régulièrement en difficultés se voient prélever huit à neuf fois plus par an que des clients dits « lambda ». La faute à l'explosion des coûts facturés au client dès qu'un découvert est dépassé ou qu'un paiement est rejeté.

Plus on en perd, plus on en donne. Les banques de détail abusent de leurs clients en difficulté. C’est la conclusion sans appel de la nouvelle enquête de l’association 60 Millions de consommateurs qui relève que les personnes en difficulté financière se voient imputer des frais bancaires neuf fois supérieurs à ce qu’ils sont pour un client sans difficulté.

« Les consommateurs en difficulté financière persistante se voient prélever 296 euros de frais par an contre huit à neuf fois moins - 34 euros - pour les clients lambda en moyenne », assure l'association dans le cadre d'une étude effectuée avec l'Union nationale des associations familiales (Unaf).

Pour établir cette comparaison, l’association s’est basée sur un panel de près de 400 lecteurs d’un côté, et, de l'autre, sur plus de 200 foyers auprès desquels intervient l'Unaf pour des situations de fragilité financière. « Les plus fragiles ne sont cependant pas les plus punis. Ceux qui touchent 1 000 € par mois versent, en moyenne, 154 €, alors que ceux qui gagnent en moyenne 2 000 € par mois, salariés du public comme du privé ou retraités, sont prélevés de 352 € », ont calculé 60 millions et l’Unaf.

Des frais divers et variés

Aux agios facturés pour un découvert, une souplesse de trésorerie très utilisée des Français, s’ajoutent des commissions d’intervention, des frais de rejet, des frais (souvent élevés d’ailleurs) pour envoi d’une lettre informant que le compte est débiteur. Chaque fois, le compteur de frais tourne. Et de manière automatique dans la majorité des cas, ce qui n’est pas légal, affirme l’enquête.

« Lorsqu’un paiement se présente sur un compte dont le découvert va être dépassé, la banque l’honore en général, car elle y gagne gros, note l’association : elle prélève des agios proches de l’usure, et surtout une commission d’intervention de 8 €, le maximum légal, censée rémunérer l’analyse de la situation par le conseiller ». Or bien peu de conseillers examinent le bien-fondé d’une intervention. Selon une enquête du syndicat CGT Banque Assurance, que 60 Millions publie en exclusivité dans son numéro de novembre, 54 % des conseillers affirment ne pas intervenir eux-mêmes. C’est l’ordinateur qui propose la tarification, ce que le conseiller fait la plupart du temps, en partie pour éviter d’avoir à justifier son refus.

Les banques y trouvent leurs comptes

L’association relève aussi que les banques, à l’exception de la Banque Postale et de quelques banques en ligne, appliquent toutes le maximum légal pour la facturation de leurs frais, ce qui annihile la possibilité de faire jouer la concurrence. Près de 9 conseillers sur 10 estiment par ailleurs que le montant de ces frais occasionne des violences verbales et parfois physiques en agence.

Pendant ce temps, les banques, elles, gagnent beaucoup d’argent : l’ensemble des frais liés aux incidents de fonctionnement représenteraient 30 à 35% du chiffre d’affaires des banques de détail, soit 6,5 milliards d’euros chaque année.