Allemagne : la gueule de bois, une maladie ?

Publié : 5 octobre 2026 à 14h09 par Ludovic Vilain

Crédit image: Gueule de bois

Une publication virale l'affirme : en Allemagne, la gueule de bois serait désormais une maladie qui ouvre droit à un arrêt de travail. La décision de justice existe bien, mais elle date de 2019… et elle ne concerne pas vraiment votre employeur. Mais elle refaitt surface en pleine " Oktoberfest".

Depuis quelques jours, un post tourne en boucle sur les réseaux : la justice allemande aurait reconnu la gueule de bois comme une maladie, et les lendemains de soirée pourraient donc justifier un arrêt de travail. De quoi faire rêver les clubbeurs qui enchaînent les afters le dimanche. Sauf que l'histoire n'est pas nouvelle, et que la réalité est nettement moins confortable.

Tout part d'une boisson « anti-gueule de bois »
Retour en septembre 2019. Pendant que l'Oktoberfest bat son plein à Munich, la cour d'appel de Francfort tranche une affaire inattendue. Une association de lutte contre la concurrence déloyale attaque une entreprise qui vend des shots et des poudres censés prévenir ou soulager les lendemains difficiles. Le problème : la réglementation européenne interdit de présenter un aliment ou une boisson comme capable de prévenir, traiter ou guérir une maladie.

Une définition très large de la maladie
Pour trancher, les juges devaient d'abord dire si la gueule de bois entrait dans cette catégorie. Leur réponse est oui. Selon eux, une maladie désigne tout dérèglement de l'état normal du corps, même léger ou passager. Les maux de tête, les nausées ou la fatigue causés par l'alcool entrent donc dans cette définition. Peu importe que ces symptômes disparaissent d'eux-mêmes sans traitement. Conclusion : l'entreprise n'a plus le droit de vanter les vertus « anti-gueule de bois » de ses produits.

Et au bureau, ça change quoi ?
C'est là que le post viral s'emballe. La décision concerne la publicité alimentaire, pas le droit du travail. En Allemagne, un médecin peut bien sûr constater qu'une personne n'est pas en état de travailler, quelle qu'en soit la cause. Mais le maintien du salaire pendant un arrêt maladie suppose que le salarié ne soit pas responsable de son état. Or, pour plusieurs juristes allemands, une gueule de bois après une soirée arrosée serait l'exemple type d'un mal que l'on s'est infligé soi-même. L'employeur pourrait alors refuser de payer ces journées.

Une nuance de taille
La justice allemande fait en revanche une distinction nette avec l'alcoolisme. Cette dépendance est reconnue comme une maladie à part entière, et l'arrêt de travail qu'elle provoque est en principe indemnisé. Une simple soirée trop arrosée relève d'une tout autre logique. Le raccourci « gueule de bois = arrêt de travail garanti » ne tient donc pas, ni en Allemagne ni ailleurs.

Le vrai remède reste la modération
Si cette histoire amuse les réseaux, elle rappelle surtout une évidence : aucune boisson miracle ne fait disparaître les effets d'une nuit trop arrosée. Pour profiter pleinement de vos sorties en club ou en festival, le meilleur réflexe reste de boire de l'eau entre deux verres, de prévoir de quoi rentrer en toute sécurité et de vous ménager un vrai temps de récupération. Votre lundi matin vous dira merci... et votre patron aussi !