Éliane Radigue, pionnière de l'électro est morte

Publié : 14h02 par Ludovic Vilain

Crédit image: Capture Instagram@lesinrocks

La pionnière française de la musique électronique s'est éteinte le 23 février 2026 à Paris, à l'âge de 94 ans. Une figure fondatrice disparaît, mais son héritage continue de résonner dans toute la scène électro mondiale.

Née à Paris en 1932, Éliane Radigue n'était pas destinée à révolutionner la musique. Pourtant, c'est dans la capitale française qu'elle va forger un son unique, devenant l'une des artistes les plus influentes de l'histoire de l'électronique. Dans les années 1950, elle rejoint le Groupe de Recherches Musicales fondé par Pierre Schaeffer et Pierre Henry, pionniers de la musique concrète. Paris est alors l'épicentre mondial de l'expérimentation sonore, et Radigue en est l'une des figures les plus audacieuses — et les plus méconnues.

L'ARP 2500, son arme secrète

Au début des années 1970, Radigue fait un choix radical : elle tourne le dos à la musique concrète pour se consacrer aux synthétiseurs analogiques. C'est à New York qu'elle tombe amoureuse de l'ARP 2500, un synthétiseur modulaire qu'elle ramène à Paris et baptise affectueusement "Jules". Elle en jouera pendant plus de 25 ans, produisant des œuvres hypnotiques faites de longues nappes bourdonnantes, de larsens et de fréquences qui s'étirent dans le temps. Des compositions qui ne ressemblent à rien d'autre — et qui annoncent, bien avant l'heure, l'ambient et le drone qui inspireront des générations entières de producteurs électro.

Une French Touch avant l'heure

Bien avant que la French Touch ne déferle sur les clubs du monde entier, Éliane Radigue posait les fondations d'une électronique française singulière, radicale et profondément innovante. Ses œuvres majeures — Adnos I–III, Jetsun Mila, ou encore la monumentale Trilogie de la Mort — sont aujourd'hui des références absolues pour de nombreux artistes et producteurs électroniques. Sa philosophie du son lent, immersif et méditatif a influencé des pans entiers de la musique électronique contemporaine, de l'ambient au techno minimaliste.

Un héritage qui continue de vibrer

Dans les dernières années de sa vie, Radigue avait délaissé l'électronique pour se tourner vers les instruments acoustiques, composant sans partition dans le cadre de son cycle Occam Ocean. Jusqu'au bout, elle devait se produire sur scène — un concert était prévu ce week-end à Amsterdam. L'INA GRM, qui a annoncé son décès, résume parfaitement ce qu'elle laisse derrière elle : "Elle a tracé sa propre voie avec une liberté et une vision sans pareilles." Une ligne qui sonne comme une invitation à écouter, ou plutôt à habiter, sa musique. A découvrir ou à redécouvrir pour les plus jeunes et les fans de musique électronique. Et quand la French Touch sera officiellement reconnue patrimoine immatériel par l'UNESCO, on saura sans doute à qui on le doit ...